ESPACE PROFESSIONNEL > Bulletins d'information > n°7, octobre 2001 > La vie quotidienne de la personne infectée par le virus C, d’après l’exposé Pr P. Couzigou, hôpital du Haut-Lévèque, Pessac


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Il s’agit là d’un souci très fréquemment exprimé par les patients dès la première consultation, et dont le retentissement psychologique peut être important. Il est donc capital de fournir des explications claires à ce sujet.


Transmission sexuelle du VHC


Environ 4 à 8% des partenaires sexuels de sujets porteurs d’anticorps anti-VHC sont eux mêmes porteurs d’anticorps anti-VHC. Cette constatation ne suffit pas pour affirmer l’existence d’une transmission sexuelle du VHC. En effet, l’existence d’une association entre deux paramètres ne signifie pas obligatoirement qu’il existe entre eux un lien de causalité.

Plusieurs études ont cherché à mettre en évidence l’ARN du VHC dans les secrétions sexuelles chez les personnes ayant une virémie positive :
  • Persico T. 1995 : négativité de la recherche 36 fois sur 36 dans le liquide séminal et les spermatozoïdes.
  • Debono E. 1996 : recherche négative 24 fois sur 25 dans le liquide séminal et les spermatozoïdes avec un faux positif par hybridation non spécifique.
  • Mc Kee (1996) retrouve l’ARN du virus C dans le sperme d’un donneur, seulement avant purification. Absence de contamination chez 3 femmes receveuses.
  • Probable non spécificité des rares cas positifs antérieurs (Fiore RJ. 1994 ; Liou TC. 1992). La mise en évidence d’un inhibiteur non spécifique de la PCR dans le liquide spermatique a conduit à de nouvelles études retrouvant le virus C dans le sperme, dans un pourcentage de cas faible, et à des concentrations très faibles.
  • Recherche du VHC dans le liquide spermatique chez 21 sujets porteurs du VHC dont 15 porteurs du VIH (Leruez-Villem et al. Lancet 2000 356, 42-43)
 VIH négatif (n=6)VIH positif (n=15)Total(21)
Positivité VHC dans le sperme2 (33%)6 (40%)8 (38%)
Charge VHC dans le sperme (log/ml)2,01
(1,78-2,24)
1,78
(1,78-2,17)
1,78
Charge VHC dans le sang (log g/ml65,225,63


Dans cette étude, le VHC est trouvé dans le liquide spermatique, mais à des concentration très faibles, et dans un nombre de cas relativement limité.
Une étude Lyonnaise a mis en évidence le VHC dans le liquide spermatique dans 2 cas sur 40 . Le VHC est présent dans le liquide menstruel ainsi que les sécrétions génitales de la femme. Dans l’hypothèse d’une transmission par voie sexuelle, celle ci devrait donc être beaucoup plus fréquente de la femme vers l’homme  qu’en sens contraire, ce qui n’est pas observé.

D’autres travaux ont étudié la fréquence des anticorps anti-VHC chez les partenaires sexuels de sujets infectés.
  • Une étude japonaise avait mis en évidence une prévalence élevée (20%) des anticorps anti-VHC chez les partenaires sexuels de porteurs du VHC. Une observation plus poussée a montré que, dans un des hôpitaux de la région étudiée, des injections fréquentes de vitamines ou fortifiants divers avec des seringues communes et non désinfectées étaient fréquemment faites. La prévalence des anticorps anti-VHC était nettement plus importante dans les familles soignées dans cet hôpital, que dans celles se rendant dans d’autres centres de la région où les pratiques n’étaient pas les mêmes. Comme l’ensemble des membres d’une même famille allait en général se faire soigner dans le même centre, on observait donc, non pas une contamination intra familiale, mais une contamination familiale par un agent extérieur.
  • Etude de couples à l’hôpital Necker (Zylberberg, 1999)
    Vingt-quatre couples dont les deux partenaires était porteurs d’anticorps anti-HC ont été étudiés ( 18 dont les deux membres étaient virémiques, 6 dont un seul l’était). Chez les 48 personnes concernées, 33 avaient un facteur de risque majeur (6 transfusions, 27 usages intra veineux de drogue). Les deux partenaires étaient porteurs du même génotype dans 12 couples, dont 11 où au moins un facteur de risque parentéral existait chez les deux partenaires. En cas de génotype concordant, l’isolat était différent une fois sur deux (étude de séquençage :4/7).
    La contamination par un même virus ne prouve par une contamination par voie sexuelle. Elle la rend seulement plausible, une même origine parentérale étant d’abord à envisager
Etudes longitudinales (1 seul partenaire porteur d’anti-VHC au début de l’étude)
  • Etude espagnole (Riestra 1995) : 60 couples. Suivi moyen de 22,9 mois, pas de séroconversion
  • Etude allemande (Meisel 1995) 94 couples (femme contaminée par des Ig anti D) partenaire : aucune séropositivité VHC. Suivi moyen : 10-15 ans
  • Etude irlandaise (Power 1995) 393 couples (femme contaminée par des Ig anti D) suivi moyen : 17 ans. 2 partenaires VHC+, 1 avec risque parentéral (transfusion) : 1 non réinterrogé
  • Etude française (Epeirer 1996) : 48 couples, 1 seule séroconversion à l ’occasion de rapports traumatiques. Incidence annuelle 0,8 %
  • Incidence de séroconversion chez 152 prostituées japonaises 0,5 % par an (Nakashima 1996)
  • Etude italienne (Piazza 1997) 884 couples (mode de contamination du cas index ?) 7 contaminations. Suivi moyen 13,5 mois, 4 concordances virologiques, risque : 1 % contamination par an. Dans cette étude les auteurs  disent avoir éliminé tous les modes de contamination autres que sexuel. L’existence de 3 discordances virologiques montre que d’autre facteurs de transmission leur ont échappé.
  • Etude écossaise (Wyld 1997) : 30 couples (VIH +, VHC +). Suivi médian de 44 mois, pas de séroconversion VHC (40 % séroconversion VIH)
Cas Index : VHC + VIH +nVHC+
VIH+
VHC+
VIH-
VHC-
VIH+
VHC-
VIH-
Grossesses
Partenaires hétérosexuels (exposition sexuelle : médiane de 44 mois)3000121842
(22 couples)
Partenaires toxicomanes (exposition sexuelle : médiane de 36 mois)3111145129
(18 couples)


On peut donc clairement dire que le risque de  transmission du VHC par voie sexuelle, s’il existe, est infime et ne justifie pas, comme cela est encore conseillé dans les revues diffusées par certaines associations de patients, l'utilisation du préservatifs pour les couples stables. Le préservatif est simplement utile, dans cette situation, en cas de rapport pendant la période menstruelle ou de lésions de l’appareil génital, herpès en particulier.



Transmission mère-enfant


- Le risque est inférieur à 5 % (probablement surestimé). Il existe uniquement chez les mères virémiques, et est accru en cas de co-infection VIH (de l’ordre de 20%). La transmission a lieu pendant la période de l’accouchement mais l’accouchement par voie naturelle n’est pas contre indiqué
- L’allaitement est possible. L’ARN du VHC présent à des taux très faibles dans environ 10 % des cas dans le lait maternel. Les études épidémiologiques n’ont pas montré d’accroissement du risque de transmission du VHC par l’allaitement.
- Amniocentèse (?). Un travail très récent montre que l’amniocentèse ne semble pas associée à un risque accru de transmission du VHC, ce risque ne pouvant cependant pas être totalement exclu. Il faut donc mettre en balance l’intérêt de l’amniocentèse par rapport au risque éventuel de transmission du VHC.
- Les manœuvres obstétricales, le monitoring invasif peuvent être des causes de contamination).
- La procréation médicale assistée est actuellement possible chez les patientes porteuses du VHC dans le cadre d’un protocole national.
- La possibilité de contamination par « microtransfusion » vient d’être argumentée (Lancet 2000, 356-1572) . Dans les années soixante, des transfusions minimes ont en effet été utilisées chez certains nouveau-nés. La notion d’une transfusion néonatale doit donc être recherchée avant de conclure à une transmission mère-enfant.

La transmission mère-enfant a été étudiée récemment dans un travail portant sur un  grand nombre de mères. (Gibb et al. Lancet 2000, 356,904-7)
441 mères VHC + ARN connu chez 144, avec 54% de positivité

 NEstimation
Transmission (%)
Odd-Ratio
Total4416,7 
VIH positivité2218,63,8 p<0,06)
VIH négativité3286,41
Allaitement597,71,52 (NS)
Pas d'allaitement3556,71
A. voie vaginale (V)3597,71
Césarienne en urgence (CU)545,90,84 (NS)
Césarienne programmée (CP)3100 (NS)
Comparaison CP/V + CU (31/393) p<0,04

En résumé, le risque de contamination de l’enfant est globalement de moins de 5%. L’enfant doit être surveillé , mais, pour ne pas multiplier les prélèvements sanguins, il est préférable d’attendre l’âge de un an et demi à deux ans, où les anticorps maternels transmis passivement auront disparu, pour réaliser la sérologie, la recherche d’ARN viral et le dosage éventuel des transaminases. En cas de contamination de l’enfant, on estime qu’une guérison spontanée est observée dans un tiers des cas. Si la malade devient chronique, elle est en général peu fibrosante.

A coté du risque de transmission mère-enfant 
- Il faut bien entendu insister sur le risque tératogène lié à l’utilisation de la ribavirine qui justifie une contraception pendant toute la durée du traitement et les 4 à 7 mois qui suivent.
- Une étude récente a montré la possibilité d’une aggravation de la fibrose chez la mère pendant la grossesse (FONTAINE. Lancet 2000.356.1328). Il serait donc souhaitable d’estimer l’importance de la fibrose, et éventuellement de traiter, surtout en cas de fibrose moyenne ou importante, avant la grossesse.



Vie familiale


Comme pour la transmission sexuelle, les études de la transmission familiale du VHC doivent tenir compte des possibilités de contamination par un facteur extérieur commun aux membres de la famille. On peut reprendre dans ce sens l’étude japonaise citée plus haut. De même, une étude italienne a mis en cause le partage de seringues de verre et l’utilisation commune de matériel de soin non jetable pour expliquer les infections par le VHC de plusieurs membres d’une même famille. Dans l’ensemble des études, il apparaît que la prévalence des anticorps anti-VHC dans l’entourage familial d’un porteur du VHC n’est pas négligeable chez les sujets de plus de 50 ans, susceptibles d’avoir reçu des soins à une époque, où le matériel à usage unique n’était pas universellement répandu, alors qu’elle est pratiquement nulle chez les sujets plus jeunes.



En résumé


En résumé, les risques de transmission sexuelle, et celui de transmission mère enfant doivent être considérés avec beaucoup de prudence. Ces modes de contamination sont souvent, dans les études prospectives, incriminés par défaut, en l’absence de facteur de risque majeur (transfusion et toxicomanie) trouvé à l’interrogatoire. Or on sait que ces facteurs de risque peuvent être méconnus (micro- transfusions chez les enfants par exemple), ou dissimulés (toxicomanie).
Actuellement, les modes de transmission de l’hépatite C se sont modifiés. Le risque transfusionnel est d’environ 1/400000 flacons. Sur 5000 contaminations ayant lieu par an en France, au moins 4000 sont dues à la toxicomanie intra- veineuse ou éventuellement nasale. De 1994 à 1997 109 séroconversions ont été constatées chez des donneurs de sang : au moins 22% étaient liés une toxicomanie non reconnue lors de l’interrogatoire. Plus rarement peuvent être incriminés l’utilisation de matériel médical ou non médical (percing, tatouage…) mal stérilisé, ou les accidents d’exposition au sang.

Risque viral transfusionnel (septembre 2000)
 Risque résiduelFenêtre sérologique
VHC1/375 000 dons66 j (38-94)
VHB1/220 000 dons56 j (25-109)
VIH1/1 350 000 dons22 j (6-38)


Il est donc capital que tous les facteurs de risque soient recherchés de façon systématique et prospective chez les patients infectés par le VHC. En outre, dans les cas de suspicion de transmission sexuelle par exemple, il est capital de connaître le mode de contamination du cas index. Si dans un couple, le mode de contamination du cas index est inconnu, il est impossible de conclure à une contamination par voie sexuelle du partenaire, puisqu’un mode de contamination inconnu, mais commun aux deux partenaires, ne peut être exclu. 



Recommandations et précautions


On peut rassurer les patients qui expriment de façon quasiment systématique leur inquiétude vis à vis du risque de transmission du VHC à leur entourage, et leur conseiller les précautions suivantes: 
- VIE SEXUELLE
Pas de préservatif sauf lésions génitales (herpès), période menstruelle (femme contaminante) ou partenaires multiples
sérologie de dépistage du VHC chez le partenaire en informant qu’il ne sera pas utile de la répéter
 
- ENTOURAGE FAMILIAL
proscrire le partage d’objets de toilette
mettre immédiatement des pansements sur une plaie
pas de risque par le baiser
pas de risque par les ustensiles de cuisine
pas de sérologie VHC dans l ’entourage en dehors des partenaires sexuels, des enfants éventuellement contaminés à la naissance, ou d’un partage d’objets de toilette (rasoir, brosse à dents, coupe ongles…)



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