ESPACE PROFESSIONNEL > Bulletins d'information > n°7, octobre 2001 > La vie quotidienne de la personne infectée par le virus C, d’après l’exposé Pr P. Couzigou, hôpital du Haut-Lévèque, Pessac


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Vivre et comprendre l'hépatite C

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Une bonne information des patients sur les conséquences de leur maladie, et de son éventuel traitement, sur leur vie quotidienne est indispensable.


L'absence de symptome n'exclut pas la maladie


Le FOIE est un ORGANE SILENCIEUX, c’est à dire que l’absence de symptôme tel que « crise de foie » n’exclut pas la possibilité d’une maladie hépatique. Inversement, l’existence de ce symptôme ne traduit pas une maladie hépatique. En effet, la crise de foie existe mais elle est mal nommée car elle n’est pas due au foie. Le symptôme est vrai mais l’explication que le malade en donne est fausse.
L’ASTHENIE est un signe fréquent d’interprétation difficile mais à ne pas sous-estimer. Ses causes sont mal connues.



Hépatite C et fonctions du foie


Il fautinsister sur la différence entre la LESION et la FONCTION d’un organe. Les personnes atteintes d‘hépatite sont immédiatement angoissées et croient leur foie gravement perturbé dans son fonctionnement. De même, l’interprétation du mot « cirrhose » n’est pas la même pour le médecin et pour le patient. Pour le malade, le mot cirrhose évoque l’alcool, et les complications graves, voire rapidement mortelles. Il existe en outre souvent chez les patients une confusion entre cirrhose et cancer. Pour le médecin, il s’agit d’une cicatrice fibreuse hépatique sans conséquence fonctionnelle obligatoire. Cependant, c’est uniquement à ce stade  que surviennent les complications  de l’hépatite C (hypertension portale, insuffisance hépato cellulaire, carcinome hépatocellulaire).



La vie reste normale


Le patient doit bien comprendre qu’il peut et doit mener une VIE NORMALE, comme il l'a souvent fait pendant des années, alors qu'il était porteur du virus sans le savoir, à l’exception de la consommation d’alcool qui doit être restreinte. Du fait de l’angoisse liée au diagnostic d’hépatite C, la personne malade est capable de faire des efforts considérables « pour son foie » et parallèlement, de laisser de côté des grands pans de problèmes de santé. On peut utiliser l’opportunité pour dire : « la santé du foie c’est bien mais votre santé en général, c’est mieux » et faire comprendre aux patients qu’ils ont intérêt à s’occuper de leur santé en général (tabac, surpoids…) plus qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent.



Les transaminases


Il est important que le patient connaisse la signification du taux de transaminases (SGOT ou ASAT,   SGPT ou ALAT). On peut expliquer qu’il s’agit d’enzymes présentes dans les cellules du foie, qui existent normalement dans le sang et leur augmentation traduit une irritation ou une inflammation, termes imprécis, inexacts pour le scientifique mais qui peuvent parler davantage au malade. Leur activité sérique donne des informations sur l’activité de la maladie hépatique, mais pas sur la réplication virale, et surtout, aucune information sur l'importance de la fibrose . La biopsie de foie doit donc être faite, même si la cytolyse est très modérée.  Les marqueurs sériques de fibrose représentent un espoir et une voie de recherche mais ne sont pas encore suffisamment performants en terme de sensibilité et de spécificité.



Les tests virologiques


 Les ANTICORPS anti-VHC



Ils témoignent d’un contact ancien ou récent avec le virus, sans que l’on puisse préciser s’il y a eu guérison ou passage à la chronicité.

 L’ARN du virus C



Il témoigne de la présence du virus en phase de multiplication (PCR). La quantité d’ARN, ou charge virale peut être mesurée, mais n’a pas de relation avec la gravité de la maladie. De même, les différentes souches virales (génotypes1, 2,3…) n’influencent pas l’évolution. Or, le nombre de malades chez qui une virémie quantitative est faite et reproduite à intervalles réguliers, soulevant l’inquiétude ou pas selon que le taux monte ou descend, n’est pas négligeable. Par contre la probabilité de réponse au traitement et sa durée dépendent de la charge virale et du génotype. La quantification de l’ARN viral  et le génotypage sont donc inutiles en dehors de la phase thérapeutique.



La biopsie hépatique


Les lésions histologiques hépatiques sont représentées par l’activité et la fibrose. L’activité de la maladie est pratiquement affirmée si les transaminases sont anormales, mais non exclue si les transaminases sont normales. Il n’y a pas de corrélation entre l’activité et l’importance de l’élévation des transaminases. A l’heure actuelle, la biopsie hépatique reste indispensable pour évaluer l’importance de la fibrose. Les transaminases n’ont aucune valeur pour cette estimation. Les marqueurs sériques de fibrose constituent une voie de recherche intéressante
Dans le score de Métavir l’activité (A0 à A3) et la fibrose (F0 à F4, F4 correspondant au stade de cirrhose) sont quantifiées séparément.    

 Activité Fibrose 
AbsenteA0F0 
MinimeA1F1 
ModéréeA2F3 
SévèreA3F3 
Cirrhose F4 


Les limites techniques de la biopsie doivent être prises en compte dans son interprétation, sujette à caution par exemple si la taille du fragment  est de moins de 10 à 12 mm. Si la biopsie est fragmentée, la fibrose peut être considérablement sous estimée.
L’un des objectifs de la  biopsie est de juger de l’indication du traitement.
Si la fibrose est estimée à F0 ou F1, celle ci est discutable. Pour pouvoir remplacer la biopsie par l’utilisation des marqueurs sériques de fibrose, il faudra que ceux ci soient suffisamment précis pour déterminer exactement le stade de fibrose. A l’ inverse, l’existence d’une  cirrhose modifie l’attitude pratique vis-à-vis du dépistage du carcinome hépatocellulaire ou de la recherche d’une hypertension portale qui justifierait un traitement. La biopsie garde donc une place capitale, tant que nous ne disposerons pas de marqueurs de fibrose précis. 


Cliquer pour agrandir

Evolution de la fibrose

Chez 4 personnes sur 5 l’évolution de l’hépatite C est chronique.  Pour arriver à F4 , à la cirrhose, il faut passer de F0 à F1 puis à F2 , F3 et F4 ; on sait que le passage d’un stade de fibrose, quand il se fait (ce n’est pas obligatoire) ne se fait pas en quelques mois mais en quelques années. Il est essentiel que le patient comprenne bien ce caractère lent et progressif de l’évolution de la fibrose hépatique, et qu’il sache que la cirrhose ne survient , en 10 à 20 ans, que dans 20% des hépatites C chroniques. La rapidité d’évolution de la fibrose varie d’un patient à l’autre (Poynard T, Lancet 1997; 349: 825-32). Ce n’est qu’au stade de cirrhose que les complications, non obligatoires, peuvent survenir (cancer, insuffisance hépatocellulaire, hypertension portale).

Ce n’est qu’au stade de cirrhose que les complications, non obligatoires, peuvent survenir (cancer, insuffisance hépatocellulaire, hypertension portale).
Une étude de l’histoire naturelle de la cirrhose due au VHC (Child A)(Fattovich. Gastroenterology (1997. 112,463-72) donne les résultats suivants :
- 380 malades cirrhotiques : suivi moyen (en général sans traitement) 61 mois (6-153)
- Hépatocarcinome : 29 (8 %)
- Probabilité de vie à 5 ans : 91 %
                            à 10 ans : 76 %
- Probabilité de cancer à 5 ans : 7 %
- Probabilité de décompensation à 5 ans : 18 %
 
Ce travail, portant sur près de 400 malades de grands services d’hépatologie européens,
montre une probabilité de vie à 10 ans de presque 8/10 de malades cirrhotiques pour la plupart non traités. On peut donc vivre asymptomatique au stade de cirrhose pendant de longues années, et sans doute encore plus en cas de traitement.



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