ESPACE PROFESSIONNEL > Bulletins d'information > n°4, novembre 1999 (extraits)


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Transmission sexuelle et familiale du virus C. Dr F. Sévenet, Clinique du Mail, Amiens

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Sommaire n°4 | Transmission sexuelle et familiale du virus C. Dr F. Sévenet, Clinique du Mail, Amiens | Prévention de la transmission du VHC chez le personnel soignant. Dr A.Smail, CHU Amiens


La connaissance des modes de transmission du virus de l’hépatite C (VHC) a permis, grâce à des mesures préventives efficaces, d’aboutir à la disparition quasi totale du risque transfusionnel, à une diminution probablement très importante mais difficilement appréciable du risque nosocomial. Le risque lié à la toxicomanie, actuellement majoritaire, est beaucoup plus difficile à maîtriser.
La transmission familiale du VHC a fait l’objet d’un nombre relativement faible de travaux dont les résultats sont discordants. L’importance de ce risque, probablement faible, reste donc assez mal connue
 
La transmission familiale du VHC doit être étudiée sous 3 aspects:
 
·       la transmission familiale au sens propre du terme, non sexuelle,
·       la transmission sexuelle,
·       la transmission materno-infantile à laquelle se rattache le problème de la procréation médicale assistée (PMA).
Pour mieux comprendre la transmission familiale du VHC, il faut d’abord envisager les possibles mécanismes de cette transmission et donc savoir quels liquides biologiques sont porteurs du virus.. Bien sûr, le virus est présent dans le sang. Sa présence dans le sperme est improbable selon la majorité des publications. Cependant, ces travaux sont relativement anciens, et les techniques utilisées manquent peut être de sensibilité. Le VHC a été mis en évidence dans le sang menstruel, les sécrétions cervico-vaginales, surtout en cas de virémie importante, et dans la salive. A ce jour, le VHC n’a pas été mis en évidence dans les urines et les selles des sujets infectés.


La transmission familiale non sexuelle


Dans l’entourage d’un patient  porteur du VHC, la prévalence observée des anticorps anti-VHC est de  3 à 9 % selon les études. Cette constatation ne permet pas d’affirmer la transmission familiale, plusieurs membres d’une famille pouvant être par ailleurs exposés à des facteurs de risque communs majeurs tels que la toxicomanie.
Les homologies de séquences nucléotidiques constatées chez des patients d’une même famille infectés par le VHC sont en faveur d’une transmission familiale, sous réserve de l’exclusion d’autres facteurs de risque.
Une étude récente de l’équipe rouennaise dans le district de Fecamp montre que le fait d’appartenir à l’entourage familial d’un patient porteur du VHC est un facteur significatif lié à la séropositivité.  Cette  enquête, considérant globalement le couple et  l’entourage familial, ne permet pas de distinguer la transmission familiale non sexuelle de la transmission sexuelle. Il est donc difficile d’évaluer quantitativement ce risque de transmission, qui est probablement faible, mais non négligeable. Son importance pratique est par contre considérable, la possibilité de contaminer leur entourage étant un des soucis majeurs de la plupart des patients porteurs du VHC. Dans l’information donnée au patient ou à son entourage familial, il est d’abord nécessaire de dédramatiser le problème en insistant sur le fait que le risque familial est faible et peut être facilement prévenu par des mesures simples. L’utilisation partagée de tout objet susceptible d’être à l’origine d’une effraction vasculaire, et donc d’un contact avec les sang, doit être formellement déconseillée (rasoir, brosse à dent, pince à épiler, matériel de détartrage dentaire......). Il faut insister sur le fait que l’utilisation commune des objets de table habituels (couverts, verres....) ne comporte pas de risque particulier. Le respect de bonnes conditions d’hygiène générale est également important, la promiscuité et les conditions défavorables d’hygiène représentant un risque supplémentaire de transmission des agents infectieux. Dans ses conclusions, le jury de la conférence de consensus française de janvier 1997 n’a pas jugé nécessaire de proposer un dépistage systématique dans l’entourage familial des patients porteurs du VHC (à l’exception du partenaire sexuel et des enfants de mère virémique dont le cas sera envisagé plus loin).



La transmission sexuelle


Dans la littérature, la séroprévalence des anticorps anti-VHC chez les partenaires sexuels de patients atteints d’hépatite C est de 4 à 8% . Là encore, d’autres facteurs de risque majeurs (transfusion, toxicomanie) peuvent souvent être incriminés. En effet, lorsque deux conjoints ont une sérologie positive, ils sont infectés par des virus de génotype différent dans un cas sur deux. Il est en outre difficile d’affirmer la transmission sexuelle du virus dans un couple qui, dans sa vie courante, pratique une utilisation commune des objets cités plus haut (rasoir, brosse à dent.....)
Pour les couples stables, sans antécédents de maladie sexuellement transmissible, le risque de transmission sexuelle du VHC est très faible. Certaines études, contestables, font cependant état d’une augmentation du risque avec la durée de vie commune.
Quand existe dans le couple un passé de maladie sexuellement transmissible, des ulcérations génitales, une coinfection par le VIH, le risque de transmission sexuelle du VHC est augmenté. Dans l’enquête réalisée à Fécamp, la notion de partenaires sexuels multiples semble liée à une discrète augmentation du risque de transmission, qui n’atteint toutefois pas la significativité. Enfin, certaines études font état d’une relation entre la sévérité histologique de l’hépatite et le risque de transmission.
Globalement, le risque de transmission sexuelle du VHC reste faible, et il importe de rassurer les patients et leurs partenaires sur ce point, et de les informer de l’absence de risque de transmission par le baiser. L’utilisation de préservatifs n’est à conseiller pour les couples stables qu’en cas de rapports en période menstruelle ou en cas de plaie ou d’ulcérations génitales. Le dépistage du conjoint est à proposer de façon systématique, tout en avertissant le couple de la faible probabilité d’un résultat positif. Pour les sujets à partenaires sexuels multiples, l’utilisation de préservatifs est de rigueur en prévention des maladies sexuellement transmissibles en général, et la place du VHC dans ce cadre est secondaire.
Quelques études  ont montré chez les homosexuels masculins non toxicomanes, une prévalence un peu plus élevée par rapport à la population générale et quelques cas isolés de transmission par rapports sexuels avec pénétration anale semblent assez bien établis. Il semble donc raisonnable de recommander l’utilisation des préservatifs en cas de rapport sexuels avec pénétration anale.



La transmission materno-infantile


Le risque de transmission se situe entre 5 et 10% lorsque la mère est virémique.
Le transmission se fait essentiellement au moment de la délivrance mais des cas documentés de transmission in utero avec présence de VHC dans le cordon ont été rapportés. Le risque est lié à l’importance de la virémie, mais n’est pas influencé par le génotype. En cas de coinfection par le VIH, il devient plus important, supérieur à 10%. Il semble également être augmenté par la survenue d’une hépatite aiguë C pendant la grossesse. En l’absence de virémie, il n’a jamais été décrit de cas de transmission materno-infantile. Les femmes porteuses d’anticorps anti-VHC mais chez qui la recherche d’ARN viral est négative, peuvent donc être totalement rassurées.
Le faible risque de transmission materno-infantile ne doit pas faire considérer la présence du VHC comme une contre-indication à la grossesse, d’autant plus que le déroulement de la grossesse et le développement du foetus ne sont pas altérés par la présence du VHC, et qu’il n’a pas été décrit de mort in utero en rapport avec ce virus. A l’inverse, l’évolution de l’hépatite C n’est pas aggravée par la grossesse.
L’accouchement par voie naturelle ne favorise pas la transmission du virus, il n’est donc pas nécessaire d’imposer une césarienne aux femmes enceintes porteuses du VHC.  Par contre, il est souhaitable d’éviter en cours d’accouchement les manoeuvres sanglantes telles que les épisiotomies, la pose de cathéters ou électrodes sur le scalp de l’enfant. Le risque théorique lié à l’allaitement (mise en évidence du VHC dans le lait maternel dans 10% des cas environ), qui avait poussé le jury de la conférence de consensus française de 1997 à déconseiller l’allaitement aux femmes porteuses du VHC, n’a pas été retenu par la conférence internationale de février 99, et à l’heure actuelle, l’allaitement n’est donc pas considéré comme devant être déconseillé.
La solution idéale serait bien entendu de traiter la mère avant la mise en route de la grossesse, ne serait-ce, même en l’absence de réponse virologique complète prolongée,  que pour diminuer la charge virale et donc diminuer les risques de transmission materno-infantile. Bien entendu, la bithérapie étant actuellement le traitement de choix, il faut tenir compte des effets tératogènes de la ribavirine , et prévenir le couple de la contre-indication formelle à la conception pendant le traitement et les 6 mois qui suivent.
En ce qui concerne l’enfant, un dépistage systématique est indiqué, mais plutôt que de multiplier les tests, il faut les utiliser judicieusement et savoir les interpréter. La recherche des anticorps anti-VHC n’a pas de valeur chez l’enfant puisqu’elle sera positive jusqu’à l’âge de un ou deux ans du fait de la transmission passive des anticorps d’origine maternelle.
Lorsqu’une virémie apparaît, sa fréquence est maximale à 6 mois et elle va disparaître une fois sur 3. Théoriquement , il est conseillé de faire une sérologie VHC chez l’enfant et une recherche de l’ARN viral à l’âge de 18 mois. Si, sous la pression de l’anxiété des parents, une recherche plus précoce est nécessaire, il faut avoir recours à la PCR et éviter la sérologie dont le résultat positif, même expliqué, est toujours générateur d’angoisse. Le suivi des enfants contaminés par voie materno-infantile montre une majorité de formes bénignes. Un recul plus important est bien entendu nécessaire pour connaître leur devenir à long terme.
Les problèmes liés à la procréation médicalement assistée (PMA), et en particulier à la fécondation in vitro (FIV), ne sont pas actuellement totalement résolus. Auparavant, le dépistage du VHC n’était pas obligatoire pour les couples ayant recours à la PMA. Seuls, les donneurs de gamètes faisaient l’objet d’un dépistage. Depuis 1997, la PMA, et en particulier la FIV, est suspendue en cas de présence du VHC chez l’un des membres du couple, et le dépistage est donc effectué de façon systématique. Cette attitude provient des problèmes médicaux, éthiques et juridiques posés par cette situation : risque de transmission materno-infantile , risque de transmission aux personnels de laboratoire , risque de contamination des autres prélèvements stockés dans le même laboratoire. Ces deux derniers risques semblent pouvoir être facilement maîtrisés par des solutions techniques. Le risque de transmission materno-infantile dans ces conditions est très mal connu. Il est a priori très faible, voire nul, quand le VHC est porté par le père. En cas de présence du virus chez la mère, il semble lié à une possible contamination par le sang lors de la ponction du liquide folliculaire. Actuellement, il n’est donc pas possible de réaliser une FIV en cas de présence du VHC chez l’un des parents, mais les choses devraient prochainement évoluer avec la mise en place d’un protocole national permettant aux centres qui le souhaitent de réaliser  ces FIV dans des conditions techniques rigoureuses, et en assurant les suivi des enfants afin de pouvoir évaluer l’importance réelle de ce risque.



En conclusion


On peut conclure que le risque de transmission familiale, sous toutes ses formes, du VHC, reste faible, sauf situations particulières. Le rôle du médecin est donc essentiellement d’informer et de rassurer le patient ,l’entourage, le partenaire sexuel afin  de dédramatiser la situation et d’atténuer les conséquences psychologiques du diagnostic d’une infection par le VHC



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