ESPACE PROFESSIONNEL > Bulletins d'information > n°15, novembre 2005


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Le soignant Ag HBs positif. Pr. JL Schmit. CHU Amiens

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Sommaire n° 15 | Hépato alcoologue, un nouveau métier ? Dr JP Latrive. CH Compiègne | La ponction biopsie hépatique pour maladie parenchymateuse diffuse a t’elle un futur ? Dr JF Cadranel. CH Creil Dr D Capron. CHU Amiens | Le soignant Ag HBs positif. Pr. JL Schmit. CHU Amiens | Vaccin contre l'hépatite B: la fin de la polémique ? Dr O Ink - CH Soissons


Chez les membres du personnel soignant, la prise en charge de l’infection chronique par le virus de l’hépatite B (VHB) comporte des aspects spécifiques :
- Le risque d’exposition à l’infection justifie la prévention par vaccination obligatoire.
- Elle peut être reconnue comme maladie professionnelle
- Le risque de transmission de « soignant » à « soigné » a pour conséquences :
       o Des restrictions professionnelles pour les professionnels en activité, et à l’inscription dans les écoles de formation.
       o La prise en compte, en vue de lever d’éventuelles restrictions d’exercice de l’objectif « virologique » dans la décision thérapeutique


Les cas décrits


Fin 1994, 42 foyers, concernant un total de 375 patients ont été décrits. De 1984 à 1993, 10 foyers ont été recensés au Royaume Uni, impliquant des chirurgiens infectés par le VHB porteurs de l’Antigène (Ag) HBe, ainsi que des cas concernant des dentistes, médecins, kinésithérapeutes, travaillant sans gants.
En 1997 une transmission du VHB par un chirurgien Ag HBe négatif a été publiée (NEJM 1997 ; 336 :178-84). D’autres cas concernant des chirurgiens vaccinés sans vérification de la sérologie ont été décrits, ainsi qu’une transmission dans le cadre d’une procédure non invasive (cassure d’ampoule avant injection IM).
Les données du Center for Disease Control and prevention (CDC) indiquent que 7 professionnels de santé impliqués dans des contaminations de patients par le VHB ont été autorisés à pratiquer des procédures invasives sous réserve de modifications de leur pratique : double paire de gants, exclusion des procédures à haut risque. Cinq d’entre eux n’ont plus été à l’origine de nouvelle transmission du VHB. Deux (1 gynéco obstétricien et 1 chirurgien dentiste), ont transmis le VHB à des patients malgré le respect des mesures de prévention. Ces précautions sont donc efficaces, mais de façon incomplète.



Facteurs de risque


 Conditions nécessaires



  •  Le soignant doit être virémique
  • Il doit se blesser ou présenter un état cutané (dermite suintante par exemple) qui constitue une source potentielle d’exposition du patient à du sang ou à des liquides biologiques.
  • Le sang ou les liquides biologiques du soignant doivent pouvoir être en contact direct avec les muqueuses, une blessure ou une plaie opératoire du patient. Il s’agit donc d’une blessure du soignant (Accident d’exposition au sang – AES) suivie d’un « recontact » du sang du soignant avec celui du soigné.

 Prévalence de l’infection VHB



Aux USA, on estime que 1% des chirurgiens sont infectés par le VHB (NEJM 1996). En France, 1% des soignants seraient porteurs de l’Ag HBs.

 Catégorie professionnelle



L’évaluation du risque doit tenir compte pour chaque catégorie professionnelle du nombre de personnes effectuant des actes invasifs à risque, et de la prévalence du VHB dans cette catégorie.

Effectifs des personnels de santé en France pour diverses catégories de risque d'AES avec recontact
Risque élevé de survenue d'un AES avec recontactN
Chirurgie (toutes spécialités confondues)22002
Chirurgie dentaire40154
Sages-femmes13141
Total75297 (A)
Risque faible de survenue d'un AES avec recontact 
Infirmier(e)s296119
Aides-soignant(e)s227135
Radiologues6633
Total529887
Risque minime de survenue d'un AES avec recontact 
Médecine générale88410
Spécialités médicales49473
Infirmier(e)s psychiatriques54574
Total192457


En France, 75297 (A) soignants exerceraient des activités à haut risque. On peut estimer chez eux le nombre de patients porteurs de marqueurs des différents virus (AxB) à partir des estimations haute et basse de leur prévalence. Le nombre (D) de porteurs de virus dépend du pourcentage de sujets virémiques (C) chez les porteurs de marqueurs (D=AxBxC). Cette modélisation (GERES 1997) estime entre 30 et 300 le nombre de soignants porteurs du VHB réalisant des procédures à haut risque.

 ABCD
Taux bas d'infection VHB752970,8%5%*30
Taux élevé d'infection VHB752978%5%*301
Prévalence Ac VHC basse752970,5%80%**301
Prévalence Ac VHC haute752975%80%**3010
Prévalence Ac VIH basse752970,05%100%37
Prévalence Ac VIH élevée752970,5%100%370
*5% de porteurs de virus chez les soignants porteurs de marqueurs d'infection par le VHB
** 80% de portage chronique du VHC chez les soignants avec anticorps anti-VHC positifs


 Virus en cause



Le taux de transmission par intervention est 10 fois plus élevé avec le VHB qu’avec le VIH.

Taux de transmission soignant-soigné selon le virus
Publications: 
 N
Soignants impliquésPatients contaminés (N)Estimation du taux de transmission/intervention
VIH : 3 1 dentiste
1 chirurgien orthopédiste
1 infirmière
80,024 à 0,24 pour 10.000
VHC : 105 chirurgiens
(2 cardio-thoraciques), 
2 obstétriciens,
1 orthopédiste)
3 anesthésistes
2 non précisés
26 + 2171,4 pour 10.000
VHB : 5036 chirurgiens
9 dentistes
3 techniciens CEC
1 thérapeute respiratoire
1 généraliste
environ
500
 2,4 à 24 pour 10.000


 Nature des actes



Les CDC classent les actes invasifs en fonction du risque de survenue d’un AES qui leur est associé.
Définition de l'acte invasif:
Acte chirurgical ou réparation d’une lésion traumatique entraînant un contact avec un tissu, une cavité ou un organe, effectué à l’hôpital dans un bloc opératoire, une salle d’accouchement, un service d’urgence, ou au cabinet médical et dentaire; cathétérisme cardiaque ou vasculaire; accouchement par voie basse ou par césarienne; incision, ablation de tissu oropharyngé
Actes invasifs à haut risque d’AES :
Actes invasifs qui impliquent la palpation digitale d’une aiguille dans une cavité corporelle (par exemple suture à l’aveugle) ou la présence simultanée des doigts du professionnel de santé avec une aiguille ou un instrument tranchant dans un site anatomique ne permettant pas le contrôle visuel. Par exemple :

  • noeuds effectués avec l’aiguille au bout du fil
  • mise en tension des tissus avec les doigts pendant une suture de peau à l’aiguille droite
  • utilisation des doigts en position aveugle pour le positionnement d’une broche
  • utilisation de fils métalliques pour sutures tendineuses
  • Auxquels on peut ajouter : fermeture de la paroi thoracique à l’aide de fils métalliques, passage de la peau par une alène pour redon, passage des instruments coupants/tranchants.

Cette notion d’intervention à haut risque est à nuancer. En effet, si le risque de transmission virale est plus important lors d’une intervention à haut risque, des cas de transmission du VHB lors d’interventions à faible risque existent. Le rôle joué par le chirurgien infecté durant l’intervention est primordial, le risque de transmission étant plus grand pour un chirurgien opérateur principal que pour un aide opérateur. Ceci a été montré pour le VHB, avec des taux de transmission observés selon le cas de 17% et 3%.

 En résumé



La transmission d'un soignant virémique à un patient a essentiellement lieu à l’occasion d’AES suivis de recontact avec les tissus du patient (20-30% des accidents percutanés). Les chirurgiens sont donc plus concernés que les infirmières.
Chaque spécialité comporte des procédures à risque élevé d’AES. Une intervention prolongée et hémorragique dans une discipline à risque faible peut être associée à un risque d’AES plus élevé qu’une procédure peu hémorragique et de durée courte dans une discipline chirurgicale réputée "à risque". L'utilisation d'objets vulnérants dans une cavité anatomique sans contrôle visuel est à risque élevé d’AES.
Le risque de transmission soignant-soigné est faible pour le VIH et le VHC, et ne devrait pas remettre en cause de manière systématique l’exercice des chirurgiens infectés par ces virus. Le risque pour le VHB est plus important et pose problème quant à l’exercice des soignants en phase de réplication virale. La prévention des AES et le respect des précautions standard restent les meilleurs garants de la prévention de la transmission soignant-soigné. Le respect de l’obligation de vaccination devrait considérablement limiter ce risque.



Recommandations


 Internationales



USA, 1991: Les chirurgiens non vaccinés et sans antécédent d’hépatite B guérie doivent connaître leur sérologie. La pratique des interventions à risque est interdite aux porteurs de l’Ag HBe, sauf avis contraire d’un comité d’experts. Les patients doivent être avertis du risque.
1998 Canada et Italie : mêmes recommandations.
Allemagne et Pays Bas: mêmes recommandations si la virémie est supérieure à 106 eq/ml.  La reprise de l’activité est autorisée après traitement efficace ou guérison.
Angleterre: Le seuil permettant la pratique d’interventions à risque est de 103 eq/mL
Dans ces pays, le maintien de la rémunération est garanti pendant la restriction d’activité, et la reprise peut avoir lieu après guérison ou si la virémie devient inférieure à la valeur seuil.

 France



Conseil national de l’Ordre 1997:

Tout opérateur devrait connaître son statut sérologique, et se soumettre à la vaccination s’il n’est pas protégé. En cas de  contamination d’un patient, l’activité opératoire doit être suspendue tant que le VHB est en phase réplicative.Il en est de même si la contagiosité est découverte par un examen de principe. L’activité opératoire peut être reprise après guérison.
La vaccination contre le VHB est obligatoire pour les professions de santé depuis 1991, mais seulement 50% du corps médical est vacciné !

Avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France (CSHPF), juin - novembre 2003

Le texte intégral peut être consulté sur le site du CSHPF



Traitement


Chez les soignants infectés par le VHB dont la charge virale est supérieure à 104 eq/ml et dont l’activité habituelle comporte des gestes à haut risque de transmission, un traitement visant à diminuer et maintenir la charge virale en dessous ce seuil est justifié. Le choix du traitement doit tenir compte
- De l’efficacité, liée à la charge virale initiale et le type de virus (sauvage ou mutant pré-C)
- Des effets indésirables possibles et de leur éventuel retentissement sur la vie quotidienne et professionnelle.

 Ag HBe positif (virus sauvage)



 Interféron pégyléLamivudineAdéfovir
Séroconversion 35% à 6 mois 20% à 1 an
50% à 5 ans
14% à 1 an
23% à 1,5 an
Apparition de résistance  14-31% à 1 an
68% à 5 ans
3,9% à 5 ans
Effets indésirablesouinonnon
Le taux de séroconversion est amélioré si l’ALAT est élevée quel que soit le traitement
La lamivudine et l’adéfovir sont plus efficaces que l’interféron quand la charge virale est élevée


L’interféron pégylé semble préférable en première intention, surtout chez les patients avec des ALT élevés et une « charge virale » modérée. En cas de non réponse ou de contre-indication, on optera pour la lamivudine ou surtout l’adéfovir. Avec ces analogues nucléosidiques si la séroconversion est obtenue et que l’ADN viral est indétectable, l’administration doit être poursuivie au moins 6 mois. En l’absence de séroconversion, ou si la séroconversion s’accompagne de la persistance d’un ADN viral détectable, le traitement doit être poursuivi sous surveillance régulière de la charge virale.

 Ag HBe négatif (virus mutant)



 Interféron LamivudineAdéfovir
Négativation de l'ADN 58% à 1 an74% à 1 an71% à 1 an


La rechute est très fréquente à l’arrêt des traitements qui doivent donc être poursuivis de façon indéfinie sous surveillance de la charge virale. L’interruption ne peut être envisagée qu’en cas de séroconversion HBs.  L’apparition de résistance est plus fréquente avec la lamuvidine qu’avec l’adéfovir.



Conclusions


Afin de régler une situation difficile concernant l’avenir professionnel d’un soignant porteur de l’Ag HBs, le Médecin Inspecteur Régional de la DRASS de Picardie a constitué en 2005 une commission régionale conforme aux recommandations du CSHPF ; cette initiative efficace ne doit cependant pas faire oublier que notre objectif primordial est de faire respecter la réglementation en vigueur pour la vaccination des professionnels de santé concernant la vaccination contre l’hépatite B.



© GIP de télémédecine de Picardie - Réseau Hépato-Picardie