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LE RISQUE VIRAL TRANSFUSIONNEL EN 2005. L’HEMOVIGILANCE. Corinne LORRIAUX. Correspondant d’Hémovigilance, CHU Amiens Réunion Réseau Hépato-Picardie du 13/10/2005. Mise à jour janvier 2006

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LE RISQUE VIRAL TRANSFUSIONNEL EN 2005. L’HEMOVIGILANCE. Corinne LORRIAUX. Correspondant d’Hémovigilance, CHU Amiens Réunion Réseau Hépato-Picardie du 13/10/2005. Mise à jour janvier 2006


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Taille : 47 ko - Dernières modifications : 02/02/2006
 

Pour établir le juste milieu entre deux attitudes extrêmes  parfois exprimées :
 
-  « Un patient transfusé et présentant une sérologie virale post-transfusionnelle positive le doit obligatoirement  à la transfusion ! »
 
Et
 
-  « Les produits sanguins labiles (PSL) ne présentent plus aucun risque en 2005 et le suivi post-transfusionnel n’est plus nécessaire. »
 
Il semble utile de faire le point sur le risque transfusionnel actuel, et l’intérêt de l’hémovigilance, ce thème n'ayant pas été abordé dans nos réunions depuis 1999 (bulletin 2, février 1999).


Les faits


 Qu’est-ce qu’un virus transmissible par transfusion ?



Pour qu’un virus soit transmissible par transfusion il faut :
  • Une virémie de longue durée chez le donneur
  • La probabilité non négligeable d’une transmission par le sang ou ses dérivés
  • L’absence de protection du receveur (immunité)

Les virus dépistés systématiquement sur chaque don de sang répondent à ces 3 conditions, auxquelles s’associe une quatrième caractéristique : la possibilité d’une pathogénie sévère chez le receveur
 
En cas de contamination par un virus à incubation longue (VIH, VHB), pour qu’un patient déclare une infection virale post-transfusionnelle, il faut qu’il reste en vie. Or du fait de la gravité de la pathologie initiale ayant conduit à les transfuser, environ 30% des patients décèdent dans les 6 mois, et la moitié dans les 2 ans suivant leur transfusion.

 Contaminations virales transfusionnelles documentées




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 D’ après les données issues des rapports 2001 à 2003 de la cellule d’hémovigilance de l’AFSSaPS,  établies à partir des fiches d’incident transfusionnel (FIT), le nombre de cas de contaminations virales où l’imputabilité de la transfusion est probable ou certaine est en diminution constante depuis 1995 (l’année indiquée est celle de la transfusion et non celle du diagnostic de la maladie virale)



Mesures a l’origine de la diminution du risque viral transfusionnel




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 Sélection des donneurs



Avant le don :
  • Information pré don et auto exclusion
    Elle s’adresse aux candidats potentiels au don et peut être délivrée
    -  Pour les donneurs réguliers, par les filières EFS ou donneurs de sang
    -  Pour les donneurs occasionnels ou les primo donneurs, par les médias, réseaux ou associations

    Elle cherche à créer une situation de partenariat responsable, permettant l’auto exclusion en cas de situation à risque ou de maladie déclarée chez le donneur.
    Elle a également l’intérêt de préparer à l’entretien médical pré don en montrant au donneur l’importance des questions qui lui seront posées, et dont il pourrait se formaliser
  • Entretien médical pré don
    Il comporte une enquête avec un questionnaire détaillé visant à une sélection médicale avec exclusion temporaire ou définitive des sujets « à risque ».
    -  Comportement à haut risque (Toxicomanes IV, prostitution, homosexuels, partenaires multiples, rapports non protégés)
    -  Transfusés
    -  Risque nosocomial (endoscopies, actes invasifs, AG, chirurgie)
    -  AES, tatouages, piercings
    -  Contamination « familiale » : Sujets infectés vivant sous le même toit
Après le don :
  • Vigilance post-don
    Elle est basée sur la responsabilisation des donneurs, et peut permettre a posteriori d’avoir connaissance 
    - d’une éventuelle information occultée lors du don (pression morale de l’entourage pour donner)
    - ou d’une information nouvelle : on demande au donneur de signaler à l’EFS toute pathologie survenant dans les jours qui suivent le don

 Dépistage des marqueurs viraux chez les donneurs



Cette étape réalise la qualification biologique du don.
 
En 2005, les virus suivants sont systématiquement recherchés sur tous les dons :
- VIH 1 et 2
- VHB
- VHC
- HTLV
- CMV

Historique :
Les tests pratiqués systématiquement sur les dons de sang se sont enrichis au fil des années au fur et à mesure de la découverte de nouveaux virus transmissibles par transfusion, et de l’amélioration des techniques de laboratoire.

VirusTestDate de mise en place
VHBAg HBs1/12/71
VIH 1 / VIH 2Ac VIH 1/21/08/1985
VHB - Virus non A non BALAT15/03/1988
VHB - Virus non A non B**Ac anti-HBc1/10/1988
VHCAc anti-VHC1/03/1990
HTLV I / HTLV IIAc anti HTLV I1/07/1991
VIH 1DGV*1/07/2001
VHCDGV*1/07/2001
* Diagnostic génomique viral
** En l’absence de diagnostic sérologique disponible à cette époque pour le virus non A non B (VHC ?) la présence d’anticorps anti -HBc, sans présence d’Ag HBs, marqueurs d’une hépatite B  ancienne a priori guérie, pouvait indirectement être considérée comme un risque d’exposition à une infection par le virus non A - non B en raison des modes de transmission en partie communs à ces deux virus.


Le diagnostic du génome viral
 Ce test consiste à mettre en évidence par technique PCR (polymérase chain reaction), les acides nucléiques du virus, dont la présence traduit l’existence  de particules virales potentiellement infectantes chez le donneur.
Cette recherche a un intérêt en cas d’infection virale récente, puisque sa positivité est beaucoup plus précoce que celle des tests sérologiques. (7 jours après l’infection pour le VHC, et 11 jours après l’infection pour le VIH )
Elle permet donc de raccourcir considérablement la phase « éclipse » au cours de laquelle un donneur récemment contaminé par le VHC ou le VIH peut donner son sang, sans qu’aucun marqueur sérologique  détectable ne bloque la qualification biologique du don.
La durée de cette « fenêtre sérologique », correspondant au délai entre l’infection et l’apparition des marqueurs sérologiques est en moyenne de
-  22 jours pour les anticorps anti-VIH
-  66 jours pour les anticorps anti-VHC
 
Cette technique n’est pas utilisée en routine pour le VHB.

 VIH1VHC
Durée de la fenêtre sérologique (jours)2266
Délais de positivité du DGV après infection (jours)117
Gain (jours)1159
Gain (%)5089
Nb de dons PCR+ sérologie - (par an)1 à 28 à 9


Risque résiduel viral
Le risque résiduel viral est le risque théorique calculé de transfuser un produit contaminé, donc a priori prélevé chez le donneur pendant la phase d’éclipse, à un receveur. Le risque réel de contamination est inférieur à ce risque théorique (par exemple, la transfusion d’un don contaminé par le VHB à un receveur vacciné serait sans conséquence).
Ce risque théorique est fonction de l’incidence et de la prévalence de ces infections dans la population des nouveaux donneurs ; cette prévalence est stable depuis 2000. Du fait de la présélection, la prévalence des infections virales chez les donneurs est inférieure à celle de la population générale.

Risque résiduel (2,5 M de dons/an)VIHVHBVHC
1997 -19991 / 1,35 M1 / 220 0001 / 375 000
1999 - 20011 / 1,4 M1 / 450 0001 / 760 000
2001 - 20031 / 3,15 M1 / 640 0001 / 10M
2002 - 20041 / 3,9 MEnv. 1 / 1 M1 / 6M
Prévalence chez les nouveaux donneurs en 20040,39 / 10 00011/10 0005,9/10 000


A la suite d’un rapport de l’AFSSaPs  de 2004, constatant le faible risque actuel de contamination transfusionnelle par le VIH, une circulaire ministérielle récente (11 janvier 2006) abroge les dispositions instaurées en 1996, à savoir le dépistage pré et post transfusionnel du VIH  et du VHC, ces contrôles n’ayant de toute manière aucune incidence sur la possibilité d’une éventuelle transmission virale. La probabilité de dépister une contamination virale semble actuellement trop faible pour justifier un dépistage post transfusionnel systématique. Le rapport de l’AFSSaPs avait d’autre part fait ressortir la faible effectivité de la mise en place de ces mesures. On peut peut-être regretter la suppression du dépistage pré-transfusionnel qui est l’occasion de dépister un nombre non négligeable d’hépatites C méconnues.

Cliquez pour lire la circulaire du 11/01/06
Taille : 21 ko - Dernières modifications : 02/02/2006
 

 

 Inactivation virale des produits sanguins labiles



Méthodes utilisables pour tous les produits sanguins labiles
  • Filtration-déleucocytation :
    Cette technique est systématiquement appliquée aux PSL depuis 1998. Elle aboutit à un nombre de leucocytes par poche < 106. Son intérêt est d’agir sur les virus intra leucocytaires (VIH, CMV).
  • Irradiation lumineuse
    Elle consiste à introduire un agent intercalant entre les bases de l’ADN ou de l’ARN viral (bleu de méthylène, riboflavine, psoralènes),  puis à appliquer une irradiation UV dont le but est d’obtenir une cassure de l’acide nucléique, l’établissement de liaisons covalentes et le blocage de la réplication. Cette irradiation UV à l’avantage d’être également active sur les bactéries. La possibilité d’irradier des concentrés plaquettaires en présence d’Amotosalen (Intercept *) a été récemment reconnue par la réglementation française.
Méthodes utilisées pour les produits issus du plasma
  • Plasma frais congelé (PFC)
    - Sécurisation du produit par « quarantaine »
    Nouveau contrôle biologique des donneurs, 120 jours après le don, et mise en circulation du PFC si ces contrôles s’avèrent toujours négatifs.
    -  Nano filtration du plasma
    Viroatténuation par blocage des virus dans les pores du filtre (diamètre des pores < 10-9 m)
    - Inactivation chimique :
    Le traitement du plasma à l’aide de solvants et de détergents est destiné à détruire l’enveloppe lipidique des virus, leur retirant donc leur infectiosité. Cette technique n’a dont d’intérêt que pour les virus enveloppés (VIH, VHC)
    - L’irradiation UV du PFC après traitement par le bleu de méthylène sera prochainement utilisée en routine pour sécuriser certains types de Plasmas Frais Congelés à usage thérapeutique.
    - PFC matière première
    Les traitements ci-dessus peuvent être appliqués au Plasma destiné à fabriquer les Médicaments Dérivés du Sang (Albumine, Immunoglobulines, fractions coagulantes, colles biologiques, etc.) Ils  seront complétés par des étapes supplémentaires majorant l’inactivation virale (pasteurisation, fractionnement, etc.)

 Limitation des indications transfusionnelles



Il est évident que le meilleur moyen d’éviter une contamination transfusionnelle est de ne pas transfuser.  La transfusion gardant néanmoins des indications incontournables, son utilisation doit être précédée d’une discussion bénéfice/risque. L’AFFSSaPS a édité à l’intention des prescripteurs des recommandations concernant l’utilisation des PSL, et les seuils transfusionnels à respecter en fonction des pathologies

Avant la sensibilisation au risque viral transfusionnel, et jusqu’en 1990, date à laquelle le dépistage systématique du VHC par sérologie chez les donneurs a été mis en place, les PSL ont été parfois utilisés avec une facilité excessive. Des contaminations par le VHC remontant à cette époque sont encore dépistées actuellement.
En 2005, concernant les virus actuellement connus, le nombre de nouvelles contaminations virales est infime. De nouveaux problèmes peuvent néanmoins survenir du fait de virus émergents. Ce n’est pas le cas à l’heure actuelle en ce qui concerne les hépatites, mais dans d’autres domaines de nouveaux virus pour lesquels il n’existe pas de méthode de détection chez le donneur peuvent être à l’origine de contaminations et de maladies mal connues, plus ou moins sévères. Cette possibilité théorique est une raison supplémentaire pour une utilisation des transfusions, restreinte au strict nécessaire.



L’hemovigilance


L’hémovigilance est chargée de trois missions concourant à la sécurité transfusionnelle des receveurs :

 Le suivi des donneurs : Etablissement Français du Sang (EFS)



Ce suivi permet en cas de séroconversion chez un donneur, de rechercher les receveurs des dons provenant de ce donneur, et de les tester pour vérifier qu’ils n’ont pas été contaminés au cas ou un de ces dons aurait été prélevé pendant la « phase éclipse »

 La traçabilité de l’acte transfusionnel : EFS et Etablissement de soins (ES)



Elle permet à tout moment, si nécessaire, de savoir quels PSL a reçu un patient et de retrouver les donneurs correspondants. Cette enquête, menée en collaboration entre ES et EFS doit respecter l’anonymat du donneur et du receveur.

 Le suivi post transfusionnel des receveurs : ES et médecin traitant.



Il a été mis en place en 1996 et comporte un dépistage systématique chez le receveur avant toute transfusion, sous réserve de son consentement (en cas de refus, celui ci doit être signalé dans le dossier), et un contrôle post-transfusionnel.  Trois mois après une transfusion de PSL, le receveur est informé de la nécessité d’effectuer un test de contrôle (qui peut être réalisé par le médecin traitant) Au cas où ce contrôle est positif, on voit toute l’importance du bilan pré-transfusionnel qui  permet d’affirmer, comme cela est le cas le plus souvent, que la contamination était antérieure à la transfusion.
Comme dit plus haut, une circulaire ministérielle récente supprime ces mesures en ce qui concerne le VIH et le VHC. Certes, le risque transfusionnel actuellement très faible explique cette mesure. Pour le VHC, compte tenu du risque résiduel actuel, il faudrait effectuer plus de 6 millions de dépistages post-transfusionnels pour espérer dépister une contamination (risque théorique) On peut s’interroger sur les conséquences de la suppression du dépistage pré-transfusionnel. En effet, une hépatite C  antérieure méconnue, ce qui n’est pas exceptionnel, ne pourra plus être dépistée par ce biais, alors que tout le monde s’accorde à dire que le dépistage de l’hépatite C reste insuffisant et que toute occasion doit être mise à profit pour le pratiquer.
En cas de découverte d’une infection virale chez un patient ayant des antécédents plus ou moins anciens de transfusion, le correspondant d’hémovigilance de l’établissement de soins où a eu lieu la transfusion doit être averti, afin de réaliser une enquête transfusionnelle en collaboration avec l’EFS. La phase ascendante de cette enquête cherche à remonter jusqu’au(x) donneur(s), à l’aide des numéros de don des PSL administrés au receveur. Si un des donneurs est trouvé porteur d’une infection virale, la phase descendant de l’enquête aura pour but de retrouver les éventuels autres receveurs des PSL issus de ce donneur, pour dépister chez eux une éventuelle infection virale. Les PSL issus de ce donneur et encore éventuellement en réserve (PFC le plus souvent) seront recherchés et bien entendu éliminés.








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Principes de l'hémovigilance



Conclusion


  • En 2005, le risque virologique résiduel de la transfusion est très faible. Une sérologie VHC positive découverte dans les suites d’une transfusion récente est fort peu probablement due à cette transfusion, mais est vraisemblablement antérieure à celleci.
  • Ce faible risque actuel ne dispense cependant pas de rester vigilant
    -  Sur les contaminations antérieures (<1990)
    -  Sur d’éventuels futurs virus émergents…
    -  Sur les indications des transfusions qui doivent être réduites au strict minimum indispensable.


© GIP de télémédecine de Picardie - Réseau Hépato-Picardie