ESPACE PROFESSIONNEL > Cirrhose > Le rôle du médecin généraliste dans la surveillance et le traitement des patients cirrhotiques Dr O. INK, CH Soissons Amiens, 2 mars 2006


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La prise en charge du patient cirrhotique

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Faire le diagnostic de cirrhose | Apprécier la gravité de la cirrhose | La prise en charge du patient cirrhotique | En conclusion


Elle comporte trois points essentiels :
  • Agir sur la cause
  • Dépister les complications
  • Traiter les complications

Agir sur la cause


La suppression de la cause de la cirrhose, quand elle est possible, est un élément essentiel pour l’amélioration du pronostic. Il faut donc s’assurer que le patient est  suivi et/ou traité pour la cause de sa cirrhose, ce qui implique que la cause de la cirrhose soit connue avec certitude. Cela implique une recherche systématique des causes associées possibles. Il ne faut pas en effet conclure trop vite au diagnostic de cirrhose alcoolique, même si le patient reconnaît une consommation d’alcool excessive, sans avoir éliminé l’existence possible d’une infection virale B ou C, ou une hémochromatose par exemple. Ces maladies étant fréquentes, leur association avec une consommation excessive d’alcool, elle aussi très répandue, n’est pas exceptionnelle.

L’efficacité de l’action sur la cause de la cirrhose devra être vérifiée :
  • suivi de l’abstinence alcoolique :
    VGM, GGT : tests simples mais non spécifiques
    CDT : bon marqueur malheureusement coûteux
  • tests virologiques pour les cirrhoses d’origine virale
  • Ferritinémie pour l’hémochromatose

Si la suppression, ou le contrôle de la cause de la cirrhose, est obtenue, on peut obtenir une régression en cas de cirrhose « jeune ». L’adage « cirrhose un jour, cirrhose toujours » est donc remis en question dans cette situation.



Traitement de la cirrhose


Mis à part le traitement de la cause, qui peut donc parfois la faire régresser, il n’existe pas de traitement médical de la cirrhose. La transplantation hépatique est la seule possibilité thérapeutique. Elle ne s’adresse qu’aux formes sévères.



Prise en charge des complications


 Dépistage et traitement de la cause



Les complications de la cirrhose peuvent prendre plusieurs formes :
-aggravation rapidement progressive des anomalies biologiques (diminution du TP, de l’albumine, augmentation de la bilirubinémie….)
-signes cliniques : ascite, hémorragie digestive, ictère, encéphalopathie

« Il n’y a pas de fumée sans feu » :
Devant l’aggravation de l’état d’un patient cirrhotique auparavant stable, le médecin généraliste doit intervenir en recherchant une cause par un bilan simple qui permettra d’orienter la prise en charge
  • Alcoolisation maintenue ou reprise (HAA) : interrogatoire du patient et de son entourage, bilan hépatique
  • Médicaments (diurétiques, somnifères et sédatifs, AINS et médicaments néphrotoxiques) : interrogatoire, réalisation d’un ionogramme et d’une étude de la fonction rénale
  • Infection bactérienne ou virale : recherche de signes d’infection
  • Carcinome hépatocellulaire : échographie et dosage de l’alpha-foetoprotéine
  • Thrombose portale : échographie

 Traitements des complications



L'ascite
 

L’ascite est une complication fréquente de la cirrhose. Elle survient environ chez un cirrhotique sur 3 et est réfractaire dans 10% des cas. Elle est due à l’association d’une insuffisance hépatocellulaire et d’une hypertension portale, et résulte d’une vasodilatation splanchnique associée à une vasoconstriction des artères rénales.  La néphrotoxicité de certains médicaments est susceptible de la provoquer, ou de l’aggraver (diurétiques, AINS, antibiotiques néphrotoxiques, iode).
Les recommandations pour le traitement de l’ascite du cirrhotique ont été fixées lors de la conférence de consensus consacrée au traitement des complications de l’hypertension portale et décembre 2003 


Traitement préventif :


Éviter un apport excessif de sel ou la prise de médicaments favorisant la restriction hydrosodée



Traitement curatif :


 Initiation du traitement



Le repos strict au lit est inutile

Régime hyposodé peu restrictif (2 à 3 g/jour). Il peut suffire à corriger l’ascite

Traitement diurétique : débuté en même temps que la restriction sodée, ou en cas d’échec de celle-ci
  • Spironolactone débutée à 75 mg/j, pouvant être augmentée jusqu’à 300 mg/j
  • En l’absence de réponse, association du furosemide 40 à 80 mg/j, pouvant être augmenté jusqu’à120 mg/j
  • L’efficacité est appréciée sur la perte de poids, qui ne doit pas dépasser 500g/ jour en l’absence d’oedèmes des membres inférieurs (OMI), et 1kg/jour en leur présence
  • Le traitement diurétique ne doit être prescrit qu’en l’absence d’encéphalopathie, d’insuffisance rénale, d’infection, d’hyponatrémie ou d’hyperkaliémie.
  • La surveillance doit porter sur des critères cliniques (poids, OMI, périmètre abdominal) et biologiques (bilan rénal), qui sont mesurés 2 à 3 fois par semaine, selon l’importance du traitement
  • Le traitement doit être interrompu en cas de complication (encéphalopathie, insuffisance rénale, hyponatrémie inférieure à 125 mmol/l)
  • Avant la disparition totale de l’ascite il est souhaitable de diminuer la posologie (diviser par 2)

La ponction d’ascite curative est réservée aux ascites fonctionnellement gênantes ou résistantes à l’association régime hyposodé/diurétiques. Elle nécessite l’hospitalisation du malade. Une expansion volémique doit être faite systématiquement au dessus de 5 l  (albumine 20%, 14g pour 2 litres d’ascite évacuée). Cette compensation n’est pas nécessaire pour les ponctions de volume inférieur à 2 litres. Elle est à discuter entre 2 et 5 litres en fonction de l’état du patient.

 Traitement « d’entretien »



Par la suite, la dose de  diurétique à garder à domicile est celle qui permet de maintenir le patient sans ascite (ou avec une ascite minime non fonctionnellement génante) ni oedèmes des membres inférieurs, en conservant une fonction rénale et une natrémie satisfaisantes, ce qui implique
  • La surveillance du poids (2 fois par semaine) et un examen clinique hebdomadaire
  • La surveillance de la créatinine et de la natrémie  (qui doit rester supérieure à 125 mmol/l)
Un avis spécialisé ou une hospitalisation seront indiqués en cas:
  • d’encéphalopathie
  • de suspicion d’infection d’ascite (fièvre, douleurs abdominales)
  • d’insuffisance rénale risquant de conduire au syndrome hépatorénal
  • d’ascite réfractaire qui devra être traitée par ponctions itératives et faire éventuellement envisager l’indication d’une transplantation hépatique

 

L’hémorragie digestive
 

L’hémorragie digestive « active » justifie une prise en charge en hospitalisation. Le rôle du médecin généraliste se situe au niveau de la prévention du risque hémorragique.

La conduite à tenir vis à vis des hémorragies digestives liées à l'hypertension portale chez le cirrhotique a été définie lors de la conférence de consensus de décembre 2003


Patients n’ayant pas d’antécédent d’hémorragie digestive


 Réalisation d’un fibroscopie oeso-gastro-duodénale chez tout malade cirrhotique au moment du diagnostic de la cirrhose.



  • Absence de varices : L’endoscopie doit être répétée tous les 3 ans
  • Varices de grade I : L’endoscopie doit être répétée tous les 2 ans (1 an en cas de cirrhose alcoolique ou d’insuffisance hépatique grave)
  • Varices de grade II ou III : En l’absence d’antécédents d’hémorragie digestive liée à l’HTP un traitement prophylactique de l’hémorragie digestive doit être initié

 Traitement



  • beta-bloquant non cardiosélectif : posologie à ajuster pour obtenir une diminution de la fréquence cardiaque au repos de 25% ou une fréquence inférieure à 55 battements/minute. Les posologies habituellement efficaces sont de 80 à 160 mg/j pour le propranolol retard, 80 mg /jour pour le nadolol. Les patients doivent être informés du risque hémorragique en cas d’interruption brutale du traitement.
  • Ligature de varices oesophagiennes en cas d’intolérance ou de contre-indication aux béta-bloquants


Prévention des récidives hémorragiques



  • Hémorragie survenant chez un patient n’ayant reçu aucune prophylaxie primaire, ou traité par beta-bloquants à posologie insuffisante : traitement beta-bloquant à posologie efficace ou ligature de varices
  • Hémorragie chez un patient traité par beta-bloquants à doses efficaces : ligature de varices oesophagiennes

Le rôle du médecin généraliste dans la prévention du risque hémorragique lié à l’HTP est donc essentiel :


  • Dépistage et surveillance du risque hémorragique par la réalisation d’une fibroscopie oeso-gastro-duodénale initiale, à renouveler éventuellement
  • Surveillance de l’efficacité du traitement beta-bloquant et de la bonne observance de ce traitement. Ce traitement doit être poursuivi à vie.
  • Education du patient : lui apprendre à prendre son pouls, l’informer du risque d’hémorragie en cas d’arrêt brutal du traitement

 

Encéphalopathie hépatique
 
Dans ce domaine, mieux vaut prévenir que guérir car il n’existe pas de traitement efficace démontré. Il est donc essentiel de
  • Rechercher (et traiter) un facteur déclenchant : hépatite alcoolique aigüe, infection, CHC, thrombose portale
  • " Traquer " les causes médicamenteuses: diurétique, somnifère, sédatif
 

Carcinome hépatocellulaire (CHC)
 

L’incidence annuelle du CHC est estimée à 5 %, actuellement en augmentation. Il représente la principale cause de complication et  de décès chez les patients atteints de cirrhoses virales. L’existence de plusieurs facteurs prédisposants (alcool, VHB, VHC) augmente considérablement le risque.
Les recommandations actuelles concernant le dépistage du CHC sont d’un dosage de l’alphafoetoprotéine et d’une échographie tous les 6 mois, lorsque la cirrhose n’est pas compliquée.

 



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